CINÉMA : THE TRIBE

the tribe

Je ne ferai pas ici une critique qui tend vers l’analyse de film, car cela briserait le charme de ce film qui en a tant. Décortiquer un film comme The Tribe, dire pourquoi et comment il est bien fait, et tenter d’en analyser les ressortis psychologiques de ses personnages gâcheraient sa surprise. Car The Tribe est un film qui se vit, un film qui se ressent et qui se digère. C’est l’expérience d’une sensation offerte par un cinéma aussi pur qu’à ses origines. Avec son absence de mots (mais pas de son) The Tribe en dit bien plus que n’importe quel film d’auteur où l’échange verbal est le cœur du récit. Car malgré l’absence de mots, il y a des échanges, il y a des dialogues qui, même s’ils restent incompréhensibles pour le spectateur qui ne parle pas la langue des signes, sont montrés dans leur intégralité. Le réalisateur prend le temps de filmer les échanges des personnages, et offre au spectateur une véritable plongée réaliste dans l’univers sensoriel des sourds et muets. Ce ressenti réaliste est également dû au jeu des acteurs (non professionnels) qui se livrent entièrement face à la caméra. Leur interprétation en est bouleversante, et bien que leur quotidien ne ressemble en rien au notre, une identification se crée à partir du primitif (les sens). Cet aspect primaire se retrouve dans l’esthétique et la mise en scène du film, froide et rude, et la caméra sublime le tout, donnant un souffle dans ce récit difficile.

The Tribe n’est pas un film sur les sourds et muet, mais le plus poétique des dialogues jamais réalisé entre le cinéma, le handicap et le social. L’absence de sous-titre participe à un exercice imposé aux spectateurs, qui rebutera sans doute bon nombre d’entre eux, mais permet un échange de rôle/de point de vue. Comme les sourds et muets lorsque les autres communiquent par la parole, nous ne comprenons pas le sens exact de leur échange, et faisons appel à notre instinct pour suivre l’histoire. Le réalisateur renverse les places attribuées par la société, plaçant le handicap dans une normalité qui rend le spectateur dans une difficulté semblable à celle que peuvent rencontrer les handicapés. L’absence de mots devient donc une norme à laquelle nous nous habituons, si bien qu’on ressort muet de la projection de ce film extraordinairement bien réalisé.

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