CINÉMA : A LA VIE

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A la paix. A l’amour. A la vie. Tel est le message transmis par Jean-Jacques Zilbermann, qui s’inspire de l’histoire de sa mère pour A la vie. C’est à partir de ses souvenirs d’enfants que Zilbermann dresse le portrait d’une grande histoire d’amitié qui commença à Auschwitz.

Le thème est difficile, mais le film l’aborde avec intelligence et modernité, adoptant un nouveau regard sur les camps : celui des revenants. Il y a d’ailleurs l’idée d’un retour d’entre les morts dans cette histoire, un peu à l’image des soldats revenants du front 14-18. Le film montre ingénieusement la frontière mince qui se dresse entre la mort et la vie à la guerre, et ici dans les camps. Ils symbolisent un entre monde où l’homme change son rapport à la mort pour survivre. Mais Hélène, Lili, et Rose (qui reste longtemps laissée pour morte) échappent à cette mort et reviennent à la vie, d’où le titre du film. Et je pense que c’est cela qui est important dans le film, cette image de retour, ce détournement dans la but premier d’Auschwitz, qui était de faire disparaître l’autre.

C’est donc la volonté de célébrer ce retour, malgré les horreurs commises. Ces trois femmes réapprennent à vivre, chacune à leur manière, et entretiennent un rapport différent avec la vie à Auschwitz. Lili et Hélène parlent beaucoup de la vie en camp, alors que Rose est dans un déni de l’Histoire, qu’elle étouffe par des achats compulsifs. C’est donc un retour à la vie qui ne fait pas abstraction du passé, car il tente même de rationaliser l’Histoire pour des mots. Et l’intelligence de ces échanges entre Lili et Hélène réside dans la spontanéité de la parole – il y a un grand besoin de mettre des mots, de comprendre des événements – et le peu de pathos avec lequel ces questions sont abordées.

Outre le fait que le film montre la vie après les camps – le retour du bonheur, de l’amour, des vacances etc – il offre le portrait de survivants qui abordent la question des camps d’une nouvelle manière, beaucoup plus accessible pour les jeunes générations.

Beaucoup doutent de l’intérêt de la fiction dans la compréhension de l’Histoire, mais que fait ce film sinon de rationaliser et mettre des mots sur des choses qui dépassent notre imagination. Oui il faut voir Nuit et Brouillard et Shoah, oui il faut savoir ce qui s’est passé dans les camps pour que plus jamais de telles choses soient commises. Mais il est important de chercher de nouvelles formes pour toucher les jeunes générations, car même si un documentaire comme Nuit et Brouillard montre la vérité de l’Histoire, il tétanise son spectateur qui reste sans voix, dans l’incapacité de rationaliser la bombe qu’on vient de lui lancer. La fiction (bien faite) doit servir à cela ! Et quoi de mieux qu’un film racontant l’après Auschwitz pour tenter de le faire. Toujours en prenant en compte les caractéristiques de production de ce film : une histoire basée sur les ressentis d’un petit garçon dont les parents ont été déportés. C’est un unique point de vue certes, mais l’histoire personnelle croisant la grande Histoire n’est-elle pas le meilleur moyen d’avancer sur ces questions ?

Ce film est juste dans sa forme, émouvant par sa narration, et important pour la mémoire de toutes les victimes de la Shoah, qui sont très présentent dans le film à travers ces trois femmes.

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