MARYLAND : puissance d’un regard

Alice Winocour (co-scénariste de Mustang) remporte tous les suffrages cette semaine, avec son deuxième long métrage, Maryland, un thriller électrique, sensoriel et profond – le film à ne pas manquer !

Pitch : Suite à de nombreuses crises post-traumatiques, Vincent (Matthias Schoenaerts) est suspendu dans son activité de militaire. Lors d’une soirée mondaine, où il assure la sécurité, on lui propose d’assurer la protection de la femme d’un homme d’affaire, Jessie (Diane Kruger), et son petit garçon, Ali. Un poste qui se révèle bien utile car, rapidement, Jessie et Ali sont en danger.

Maryland

Bon, il faut le dire tout de suite, ce film est un chef d’oeuvre. Pourtant, c’est une histoire banale qui, bien entendu nous rappelle le mythique Bodyguard. Mais aujourd’hui, Kevin Costner a de la concurrence… Matthias Schoenaerts crève l’écran en homme d’action torturé, si bien que les spectatrices s’agrippent à leur siège pour ne pas traverser l’écran et lui arracher son jean. Les dialogues sont très limités, durant tout le film, car tout passe par le regard et la présence des personnages. Le simple regard que pose, un instant, Vincent sur Jessie suffit à dire le désir qu’il éprouve pour elle. Une électricité s’installe entre les deux protagonistes, tenant le spectateur en haleine, à la limite de la frustration.

Cette économie des mots ne sert pas uniquement à traduire la passion par le sensoriel, mais elle permet de se reposer entièrement sur lui. Tout existe par les sens. Le son, dans un premier temps. Vincent doit faire face à des crises durant lesquelles ses oreilles sifflent intensément, et son nez pisse le sang. Dur dur d’être un héros… Ce handicap auditif l’oblige à s’appuyer sur le plus cinématographique des sens : la vue. C’est là l’intelligence du film, et la source du plaisir spectatoriel, que d’appuyer entièrement la mise en scène sur le regard, et plus précisément celui de Vincent. Dans une volonté de point de vue subjectif, le spectateur est limité visuellement et narrativement, car il suit exclusivement Vincent. Cela donne lieu à de superbes effets flous et ralentis, un étirement du temps homérique, où le film donne place à la contemplation et, l’utilisation des caméras de surveillance comme seconde caméra (à la manière de Paranormal Activity, Paranoiak, CachéAmerican Beauty…). La place privilégiée donnée au spectateur, dans l’intimité du personnage, permet un parallèle intéressant entre la fonction de garde du corps et le dispositif cinématographique. C’est donc une profonde réflexion sur le regard qui nous est livrée.

Tension érotique, frissons, mise en scène grandiose, acteurs sublimes et réflexion sur le dispositif cinématographique : la combinaison parfaite !

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