LE NOUVEAU STAGIAIRE de Nancy Meyers

S’il faut pointer du doigt le responsable qui m’a fait croire à l’existence du prince charmant et fait regarder plus de comédies sentimentales qu’il faudrait, c’est Nancy Meyers. J’avais 14 ans lorsque j’ai vu The Holiday, un âge qui devrait être signalé par un panneau triangulaire orange et lumineux, pour toutes les sentimentales comme moi (il faut l’avouer). Le cinéma de Meyers n’a rien d’extraordinaire et répond à des codes hollywoodiens plus que classiques. Mais c’est dans cette simplicité classique qu’elle réussit à nous convaincre. On sent que les histoires sont pensées, qu’il ne s’agit pas (uniquement) d’une cagnotte à gros billets, car elles s’inscrivent dans une grande tradition de la comédie sentimentale hollywoodienne, reprenant ses codes comme un hommage au cinéma (hommage explicité dans The holiday).

le nouveau stagiaire

Avec Le nouveau stagiaire, la réalisatrice replonge dans l’environnement professionnel (Ce que veulent les femmes se passe dans une agence de publicité), dont elle dresse une fresque moderne et épurée – un idéal même peut-être – au sein duquel une rencontre à lieu. Ben Whittaker (Robert De Niro), veuf et retraité, postule à un poste de stagiaire senior dans une start-up web pour palier à son grand ennui. Il rencontre Jules Ostin (Anne Hathaway), gérante de la fourmilière, figure de la femme moderne – indépendante, déterminée et multi-fonction. A l’image de Kate Winslet et Eli Wallach dans The Holiday, les deux personnages créent une relation de transfert. Le cinéma de Meyers est traversé par des rencontres particulières qui sont vécues par les personnages, sans qu’ils essayent à tout prix de les ranger dans des cases précises. Bien entendu, Ben tient le rôle du père dans cette histoire, mais plus que ça, le film raconte la rencontre de deux individus, deux époques, deux idéaux qui se croisent. Ben porte avec lui les traditions et les valeurs d’un savoir vivre qui semble aujourd’hui avoir disparu – aussi bien au cinéma que dans la vie réelle. Où sont passé les bonnes manières, les mouchoirs en tissus et les promesses d’un lendemain fleuri ? Sommes-nous à ce point devenus imperméables aux formules romantiques ? Devons-nous nous restreindre à jubiler devant des messages privés Facebook et un semblant de sourire dans le métro, sans jamais concrétiser nos désirs dans le réel ? Le cinéma de Meyers tente de réconcilier le public avec une culture romantique qui, j’en ai bien peur, reste collée à l’écran de cinéma, ne trouvant pas de place à l’extérieur. Alors rêvons. Rêvons l’instant qui nous est permis de rêver dans la salle obscure – comme dans l’extrait de Chantons sous la pluie qui passe dans le film.

le nouveau stagiaire

Meyers excelle dans le développement de personnages aux désirs assumés, dont la mise en scène offre la bonne proportion entre le vulgaire et le chaste. Drôle et idéaliste, classique dans la forme et moderne dans le ton, Le nouveau stagiaire n’est pas le film de l’année, mais il alimente la quête de romantisme de Nancy Meyers et la notre. Le seul regret peut être la fin expédiée du film, une partie pourtant essentielle pour le genre…

(© 2015 Warner Bros. Entertainment Inc. and Ratpac-Dune Entertainment LLC)

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