OO7 SPECTRE : The old fashion way

James Bond s’est remis de son burn-out Skyfall, et revient, plus authentique que jamais, pour résoudre une mystérieuse affaire.. Avec Spectre, la saga embrasse à nouveau les indémodables de l’espion, un bonheur pour les spectateurs qui frémissent aux notes de la bande son originale.

Spectre

UN JEU D’ENFANT

Qu’est-ce que James Bond si ce n’est un schéma classique et répété, symptôme d’un traumatisme qui, longtemps, reste secret. Le cinéma de notre temps a besoin de remettre en question la légitimité de ses héros. Et après les avoir fait passer par des périodes dépressives de remises en questions fondamentales (Spider-man, Man of Steel, The Dark Night, Skyfall…), le temps est venu de se redresser et d’affronter les traumas. Ce nouvel opus met enfin en lumière le vide que cherche à combler James à travers l’action et les conquêtes féminines, sans pour autant en faire un humain à part entière. Il semblerait qu’on tiennent encore trop au mystère Bond. Skyfall restait trop évasif et superficiel sur le passé de l’espion, et Spectre ouvre les portes du passé, une manière également d’unifier l’intrigue des 4 épisodes réalisés par Sam Mendes.

Ce retour dans le passé s’effectue à travers la rencontre d’une femme (Léa Seydoux, délicieuse et convaincante en James Bond Girl), qui partage les angoisses et les fantômes de Bond. Comme le disait Lacan, « L’amour, c’est deux névroses qui se rencontrent ». Dans cet épisode, James a retrouvé sa forme d’antan et prend le temps de charmer les belles, de les regarder intensément avant de leur faire l’amour. Un nouvel homme… C’est ça qui est merveilleux avec James Bond, on a toujours le temps de s’envoyer en l’air dans un wagon lit, après être passé prêt de la mort dans un combat corps-à-corps avec une armoire à glace. Cette séquence dans le train est d’ailleurs directement héritée d’Hitchcock, mais que n’a-t-il pas inventé ce cher Alfred.

Spectre

BIG BROTHER IS WATCHING YOU

Evidemment, on retrouve nos chers placements de produits (plus discrets que dans Skyfall), mais quand on voit de quoi est capable une montre Oméga, on viderait son compte dans l’instant. OO7 est envahit de matériel, c’est un motif récurrent et essentiel de la grande saga. Comme un petit garçon, James prend et jette les objets (et les femmes) à sa guise. Ils sont faits pour être utiliser et disparaître (comme cette pauvre Aston Martin qui finit au fond du Tibre). Mais dans cette consommation éphémère des objets, le personnage reste indépendant face à eux, défenseur d’une philosophie où l’homme a la main sur la technologie et non le contraire.

Car le grand thème de Spectre c’est la toute puissance technologique. Le travail de l’espion est menacé par les avancées technologiques (vidéos surveillances, drones, Internet…). Il semblerait qu’un seul homme ne fasse plus le poids face aux ordinateurs, grande thématique actuelle, Homme versus robot. En cela, Spectre porte un message engagé sur les nouvelles utilisations des machines, qui répondent à un appel sans limite de la connaissance. Avec la machine, l’Homme comble une frustration, celle de ne pas comprendre qui il est et d’où il vient. Non, on ne pourra pas lire dans les pensées et retranscrire sur un écran nos souvenirs d’enfants, mais on peut aller consulter un psy, c’est réaliste et bénéfique. Le film fait état de ce voyeurisme universalisé avec justesse.

Spectre

SPECTRE

A travers ces thématiques de l’enfance et de l’image (moteurs du cinéma depuis son origine), le film fait de James Bond un spectre. Ni humain, ni héros, ni vivant, ni mort, mais est un fantôme de l’humanité, la rencontre de nos grandes peurs et profonds désirs. Il est machine et sensible, passé et futur, victime et bourreau, perdu dans les tourments des psychoses, névroses et perversions universelles.

Le retour aux sources de ce nouvel épisode se ressent aussi dans les choix esthétiques et scénaristiques, qui renouent avec les traditions de la saga. On retrouve l’humour et le second degré, limite kitsch, qui plaisait tant dans les premiers films. La formule se répète mais ne s’essouffle pas. A la manière d’une série, le spectateur est séduit par une forme de répétition, à la fois pour retrouver des motifs familiers, mais également pour pouvoir se laisser surprendre. Je ne pense pas que le label James Bond soit devenu un spectre, il reste éloquent et révélateur de nos désirs et modes de vie, et pour ça il perdura.

(Visuels ©Sony Pictures Releasing France)

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