Marguerite et Julien : conte d’inceste

Inspiré d’une histoire vraie, et adapté du scénario de Jean Gruault destiné à François Truffaut, Marguerite et Julien raconte l’histoire d’un amour incestueux entre frère et sœur.

Marguerite et Julien

Librement adapté de l’histoire vraie, le film fait de cet amour hors-la-loi un véritable conte de fée – marque de fabrique de Valérie Donzelliqui aime conter les histoires. Comme dans La Reine des pommes ou La Guerre est déclarée, un narrateur nous guide dans l’univers poétique de la cinéaste. On sent l’inspiration forte des films de Jacques Demy, et particulièrement de Peau d’Âne, à qui elle a emprunté quelques effets de style comme l’ouverture à l’iris et la représentation figée des personnages – comme l’offrande d’un voyage visuel dans un tableau. On retrouve également la présence d’objets modernes (voitures et hélicoptère), ce qui bouleverse la contextualisation temporelle de l’histoire. Sans doute une manière de dire que cette histoire d’amour, comme toutes les autres, est intemporelle et universelle. De plus, la morale de ces deux contes sont très proches, dénonçant tous deux le crime de l’inceste. Or, dans Peau d’Âne, l’inceste est empêché, alors que dans Marguerite et Julien il a lieu, ce qui transforme les attraits du conte de fée en sentiment d’inquiétante étrangeté.

Marguerite et JulienComme l’a dit la cinéaste à propos du film, il s’agit ni de glorifier, ni de dénoncer l’inceste, mais de laisser une libre interprétation aux spectateurs, dans le but d’ouvrir une réflexion. Car ce qui intéresse réellement Donzelli, c’est l’idée d’amour impossible. Grâce à la forme du conte, le film explore les tourments des personnages, prisonniers de leur désir. Le sentiment amoureux est traité comme une maladie (encore une fois, comme dans Peau d’Âne), qui ne peut prendre fin que dans la consommation des sentiments. Le film offre une représentation très romantique, c’est l’amour absolu dans sa forme la plus pure. Néanmoins, le contexte familial présenté dans le film laisse quelques pistes à l’interprétation, pour comprendre la naissance du désir incestueux entre les deux personnages. Les enfants grandissent seuls dans leur grande maison, sans contact avec d’autres enfants, et on les laisse dormir dans le même lit. Le laxisme des parents face au problème, et la présence religieuse de l’oncle – à la fois garant des lois ancestrales, mais pas psychologue pour deux sous – dénonce les véritables coupables du crime.

Marguerite et Julien

D’une beauté visuelle sans pareil, et porté par des frimousses profondes et poétiques (Anaïs Demoustier et Jérémie Elkaïm), le film traduit avec fureur les tourments passionnels du sentiment amoureux, moteurs d’une réflexion sur la morale.

(Visuels ©Wild Bunch Distribution)

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