MARIE ET LES NAUFRAGES : le réalisme poétique

Si vous avez manqué 2 automnes 3 hivers (de Sébastien Betbeder), La Fille du 14 juillet (de Antonin Peretjako) ou Tonnerre (de Guillaume Brac), il est temps de se mettre à la page ! Le bon cinéma français n’est pas mort, il est là, sous nos yeux, plus créatif et culotté que jamais, mais noyé sous un amas de bouses commerciales, qu’il faut soulever avec courage et détermination. Une nouvelle vague de cinéastes indépendants a fait son apparition, proposant des films à l’antipode des productions largement diffusées actuellement, car plus libres dans leurs formes et leur discours, plus créatif, plus vivants, plus poétique, plus qualitatif, bref mieux. C’est dans ce mouvement créatif que s’inscrivent les films de Sebastient Betbeder, dont le dernier film, Marie et les naufragés est sorti en salle cette semaine. On retrouve un schéma semblable à 2 automnes 3 hivers : récit chorale parisien, conté en voix off ou face caméra par les différents personnages, et centré autour d’une amitié masculine et d’une rencontre amoureuse.

Marie et les naufrages

Pitch : Siméon (Pierre Rochefort) trouve un porte-feuille dans la rue qui appartient à une certaine Marie (Vimala PonsLa Fille du 14 juillet). Intriguée par la jeune femme, il la suit à la trace dans les rues parisiennes, sans savoir qu’il est lui-même suivi par Antoine (Eric Cantona), ex petit-ami jaloux de Marie. Les personnages se retrouvent tous sur une île bretonne , pour un dénouement hors du commun.

marie et les naufragés

Bien que les personnages soient présentés comme des archétypes (l’éternel amoureux, l’écrivain torturé et le colocataire somnambule), la finesse d’écriture avec laquelle ils ont été pensés laisse une liberté de jeu qui en font des personnages inclassables et d’une grande poésie. Ce nouveau cinéma permet d’ouvrir les barrières narratives normées, et offre le portrait de personnages torturés, mais libres de leur mouvement et leur parole. C’est l’interprétation qu’on peut faire du somnambulisme d’Oscar (Damien Chapelle) qui, bien qu’il provoque des situations absurdes et angoissantes, devient un véritable moteur de création.

Marie et les naufrages

Le film propose justement une réflexion autour de la création artistique, à travers l’histoire des personnages, et la musique de Sebastien Tellier – frénétique et mystérieuse. Il s’interroge sur l’inspiration artistique, ce qui motive la création. Pour Oscar, c’est son symptôme, le somnambulisme. Pour Cosmo (André Wilms), c’est une apparition qui l’a guidé vers une forme musicale nouvelle. Et pour Antoine et Siméon, c’est Marie. L’un pour écrire un roman, l’autre pour vivre une histoire d’amour. A ce propos, le film propose une vision nouvelle du schéma de la relation amoureuse, car il inscrit l’histoire d’amour racontée dans un ensemble d’autres histoire déjà vécues (au début du film, Siméon nous raconte tout son parcours sentimental). Bien que Siméon soit le personnage archétypal de l’éternel amoureux, cette manière de procéder rompt totalement avec le mythe romantique de l’histoire d’amour unique et éternelle, sans pour autant briser le charme de la rencontre. En cela, on peut considérer que le cinéaste a trouvé le juste milieu, nous faisant rêver dans un univers réaliste qui ne manque pas de poésie.

(Visuels ©UFO Distribution)

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