NOCES : Femmes à vendre

Zahira, jeune belgo-pakistanaise, issue d’une famille traditionnelle et pratiquante, est contrainte d’accepter un mariage arrangé, suite à une idylle sans lendemain qui compromet la réputation de sa famille.

NOCES met en lumière la violence banalisée avec laquelle les jeunes femmes du monde sont traitées au nom de Dieu et des traditions, en soulevant les contradictions dramatiques des personnages, avec justesse et sensibilité.

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Lorsqu’on parle de mariage forcé au cinéma, il s’agit souvent de films dont l’histoire se passe à l’étranger, dans des contrés lointaines et isolées de nos valeurs républicaines (comme c’est le cas dans Sonita). Là, c’est différent. Ça se passe chez nous, en Europe. Noces raconte l’histoire de la confrontation de deux cultures, lorsqu’une famille étrangère tente de perpétuée ses traditions sur un sol qui ne les permet pas. C’est un choc pour le spectateur qui, grâce au lieu où se déroule l’histoire, peut s’impliquer dans le débat que propose le film. C’est une manière de prolonger la discussion sur les droits des femmes en France qui, on le voit ici, sont loin d’être respectés. Mais plus que ça, c’est une manière d’aborder la question de la rencontre des cultures dans le monde. La France ne peut pas vivre en autarcie dans le monde en clamant sa nature démocratique. Elle doit accepter l’influence de l’extérieur, et la prendre en compte dans l’écriture de son Histoire…

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La subjectivité avec laquelle le film nous plonge dans l’intimité de cette famille en devient irritante, car elle s’oppose aux valeurs républicaines qui régissent notre société. A aucun moment du film il n’est fait de référence à la loi, comme si les personnages vivaient au-dessus d’elles. Ils essaient de se comprendre, de communiquer, de trouver un compromis, là où il n’y a pas de compromis à trouver. Les lois européennes n’autorisent pas le mariage forcé. Ce que Zahira subie est interdit. Le fait qu’elle soit majeure n’est même pas reconnu. Son entourage fait abstraction du système judiciaire dans lequel il vit, encore sous la joute de la loi patriarcale, comme c’est le cas dans bon nombre de pays. Il me semble que c’est à travers cette question que le film soulève le point essentiel de son discours. Le rapport à la loi.

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Durant une grande partie du film, on attend le moment où Zahira se confrontera réellement à sa famille. Le moment où elle revendiquera son individualité. C’est à travers cette frustration de spectateur que le film fonctionne, car il montre la dure réalité des rapports familiaux et culturels. Il met en scène une dualité avec, d’un côté la fermeture de la famille, et de l’autre, l’ouverture d’esprit et la soif d’aventure de Zahira. Ce n’est pas un hasard si toutes les scènes de réunions familiales ont lieux dans l’appartement, et les scènes de la vie intime de Zahira se passent à l’extérieur, dans la nature, dans la rue. Grâce à cette vision double, le film fait preuve d’une grande tolérance, et donne une vraie parole à la famille de Zahira. Bien qu’on ne puisse pas comprendre ce qui pousse les parents à vouloir vendre leur fille, leur détresse est réelle, et terriblement bien représentée.

Douloureux mais poétique, Noces est le reflet juste de notre société, et une ode à la liberté.

Bande annonce –> https://www.youtube.com/watch?v=UPSX38CEgt8

En salle le 22 février.

(Visuel ©Jour 2 Fête)

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