IRRÉVERSIBLE, inversion intégrale

J’ai découvert l’univers de Gaspar Noé à l’occasion de la ressortie de Irréversible, en inversion intégrale, sortie fin 2019 (remontée dans l’ordre chronologique). Une claque cinématographique qui vaut le détour !

Le style noé

Ça fait 10 ans que je me prépare à voir ce film, connu pour une scène de viol très violente de 9 minutes (qui en paraissent le double). Je pense que cette préparation mentale, plus la présence de Monica Bellucci lors de la séance de l’Étrange Festival, ont facilité le visionnage.

Dans la version originale, cette scène ouvre le film, ce qui donne un autre sens et une autre dramaturgie. Raconter l’histoire de manière décousue ajoute une dimension mystérieuse au récit, car les spectateurs se demandent comment Alex (Monica Bellucci) se retrouve seule dans un tunnel au milieu de la nuit.

Dans la nouvelle version, il n’y a pas de mystère (d’autant plus que la réputation du film le précède), mais une rencontre brutale avec le réel, dans le fond comme dans la forme.
Le film est composé de scènes en plans séquences, qui embarquent les spectateurs avec un réalisme aussi beau que déconcertant. Ce format met en valeur le jeu grandiose des acteurs, qui relève de la performance, et sert la dramaturgie en créant un nouvel espace temps.
Cette plongée dans un réel parallèle est d’autant plus fort que Noé choisit de filmer des espaces de transitions comme l’ascenseur, le métro et bien sûr le tunnel, faisant de ces lieux de passages un espace décisif pour les personnages.

NOé, féministe ?

Lors de la présentation du film, Monica Bellucci a dit que Gaspar Noé est un féministe, car il met en avant la violence avec laquelle les hommes peuvent se comporter envers les femmes.
Le fait de filmer la scène du tunnel en plan séquence fixe insuffle un point de vue neutre sur l’action. La caméra enregistre, elle atteste de la violence commise, sans regard pervers. L’action parle d’elle-même, mettant en avant la monstruosité de l’homme qui agresse Alex. C’est effectivement ce que semble dénoncer Noé, qui nous dit : « Regardez ce monstre. Regardez ce que les femmes subissent. ».

Parce que la violence ne passe pas par la caméra (même s’il y a un forme de violence avec le plan fixe), les échelles de plan ou le montage. Elle existe à travers les corps.
Noé excelle dans la représentation d’une rencontre entre les corps, toujours au plus près du réel, toujours au creux de l’intimité. Le corps de Bellucci, si voluptueux et désirable dans la première partie du film, lorsqu’elle est dans les bras de Marcus (Vincent Cassel), sous le regard de Pierre (Albert Dupontel) devient un objet de honte, une figure du malheur lorsqu’elle est agressée. Quelle souffrance de voir cette femme magnifique, coupable seulement d’être belle, se faire massacrer de la sorte.
Il y a une résonance fascinante entre les scènes autour du rapport corps, et des notions de consentements et de plaisir féminin qui sont exprimés par les personnages lors de leurs échanges. L’ordre du film n’entache pas cet écho entre les scènes, comme si justement Irréversible était réversible à l’infini.

Irréversible est un film singulier sur les violences faites aux femmes, une danse macabre de corps puissants racontée avec un réalisme brutale et enivrant. Sa force réside dans un choix de scénario simple (une femme se fait violer en rentrant seule le soir), mis en scène avec une grande finesse et des choix filmiques uniques qui subliment le discours et les interprètes.

Comme Salo ou Orange mécanique, il faut une certaine maturité cinématographique (j’entends par là avoir vu suffisamment de films de repertoires différents), pour supporter la violence et apprécier l’art.

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